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Pensées de nuit pluvieuse

Créé le 12/03/2011 00:00

Quand ceux qui nous aiment sont loin, quand ceux qui pourraient comprendre ne sont pas disponibles, quand les mots qu'on dit ne trouvent personne pour les recevoir, quand ce à quoi on tient s'avère peut-être n'avoir été qu'une projection, quand ceux qu'on aime n'appartiennent qu'à eux-mêmes, et qu'il ne reste plus que soi, on découvre à quel point ce soi est fait de tous ces autres-là.

C'est la cacophonie d'une foule qu'on remplit seul. Le bruit qui désaxe. Le silence qui vrombît.


Quand on grimpe jusqu'au bord des choses, quand on murmure sa plainte à la pluie, quand on se laisse traverser par la nuit, quand la douleur prend toute la place et qu'on aperçoit jusqu'où l'ego s'accroche à ses blessures,

on peut ne pas comprendre d'où vient ce qui fait mal. On peut douter de ses propres forces. On peut croire qu'on n'y croit plus.

Et pourtant : si on souffre, c'est qu'on est encore là. Vivant, donc présent.


Oublier, c'est laisser partir. C'est aussi, parfois, pardonner.

Peut-on oublier les épines qui logent dans le coeur ? Peut-on rêver de le sentir battre à nouveau sans commencer par le soigner ?

"Je voudrais effacer avec le présent la peur, la colère, le chagrin. Être dans ce qui est là, rien d'autre."


Quand je pense à l'Amour, je pense aux cadeaux sans condition. À la liberté de vivre et de laisser vivre. À cette grâce qu'on possède dans la même mesure où elle nous possède. Je pense à la légèreté de l'instant, à l'univers infini, constant dans son inconstance.

Mais au fond du coeur, coincée entre ses épines, il y a cette chose dont je n'arrive pas à me défaire. Cette ombre que je ne sais pas comment réconcilier avec l'idée que je me fais de l'Amour.

Comment peut-on se laisser emporter par un rêve, encore, et encore se laisser prendre par la déception ? Comment peut-on continuer à confondre ses projections avec quelqu'un ?

Que faire du mur qu'on aperçoit au loin quand ce qui compte, c'est le vent de la course, c'est l'élan, c'est l'instant où tout s'ouvre ?


Peut-être que croire, c'est précisément ne pas avoir les réponses. C'est aimer l'idée que sans certitude, tout reste possible. Et quand tout reste possible, c'est déjà l'Amour.


Article mis à jour en mars 2026.

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