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L'allumette et la poudre

Créé le 02/03/2026 07:48

Peut-on débattre politiquement sans activer le Chien ?


Ce que 24 heures de débat politique sur Facebook m'ont appris sur notre biologie

Suite à "La faute de trop, vraiment ?" – 28 février 2026


La genèse : un samedi de marché

Le samedi matin, c'est jour de marché. J'aime y traîner, boire un café, laisser les rencontres décider du reste jusqu'à l'apéro. Ce samedi-là, je prends le café avec un copain qui partage, globalement, la même sensibilité politique que moi. "T'as vu la dernière tribune de Plenel ?" me demande-t-il de but en blanc.

Non, je n'ai pas vu. Les articles de Mediapart sont réservés aux abonnés.

"J'ai le droit de partager, je te l'envoie." Et aussitôt, l'invitation arrive sur mon téléphone.

Raté pour ma matinée de vie sociale. Je lis l'article, puis je continue à discuter avec les copains, les municipales dans les villages de la vallée, la vie associative, les projets des uns et des autres. Mais je ne suis plus tout à fait là. La graine de l'article prend de plus en plus de place dans ma tête, pousse entre les phrases, s'installe. Quand les copains commencent à partir, je décide de rester manger sur place. Je commande un plat du jour et je commence à écrire ce qui deviendra, en fin d'après-midi, "La faute de trop, vraiment ?"

Je n'avais pas prémédité. Je n'avais pas planifié. J'avais réagi.

Ce détail a son importance pour la suite.


Le choc de la vitesse

J'avais publié l'article en fin d'après-midi. Pas de publicité, pas de stratégie. Un texte posté dans sept groupes militants. En quatre heures : 4 181 vues. En douze heures : 9 279 vues, 1 197 interactions, 84 commentaires. À vingt-quatre heures : 12 966 vues, 1 617 interactions, 120 commentaires, 293 visiteurs uniques sur le blog. Zéro euro de publicité.

Il y avait de ça, au début, le sentiment de lancer une bouteille à la mer. On attend, on espère, on guette les premières réactions. Et puis c'est devenu une toute autre chose. Ce que j'ai vécu ressemblait plutôt à quelqu'un qui jette une allumette dans une pièce dont il ignorait que le sol était recouvert de poudre.

Une petite anecdote technique dit beaucoup sur ce basculement. Dans ma découverte empirique des règles algorithmiques de Facebook, j'avais appris que les posts contenant un lien externe sont défavorisés. J'avais donc pris l'habitude de poster le texte sans lien, et de mettre le lien vers l'article complet en premier commentaire. Contrainte raisonnable tant que je suis le seul à repartager : je suis mon post, je remets le lien dans chaque nouveau fil. Mais quand l'article a commencé à tourner seul dans des dizaines de groupes militants où je n'avais aucune visibilité, le lien est resté dans mon commentaire d'origine. Des centaines de personnes ont partagé, débattu, approuvé ou attaqué un texte dont elles n'avaient peut-être pas accès à la version complète. J'ai essayé de suivre les repartages, de glisser le lien dans chaque nouveau fil. L'exercice est devenu vertigineux assez vite. À un moment, j'ai arrêté de compter.

C'est cette transformation que je veux observer ici. Non pas pour rouvrir le débat sur Mélenchon et Plenel, que j'ai essayé de faire dans l'article lui-même. Mais pour regarder ce que ce débat révèle de notre biologie quand elle se retrouve confrontée à une idée qui dérange.


Le Chien d'abord

Parmi les centaines de commentaires reçus, un type revenait avec une régularité presque mécanique : l'attaque directe, sans argument, chargée d'émotion pure.

"Un nazi restera un nazi, sa place c'est la morgue." "Rentrez dans votre niche."

Ces commentaires n'adressent pas l'article, ils ne l'ont probablement pas lu. Ils répondent à quelque chose d'autre : la perception qu'un membre du camp vient de fragiliser ce qui les protège.

Dans mes livres, j'utilise un bestiaire de gardiens intérieurs pour représenter les grandes structures du cerveau. Le Chien représente l'amygdale et le système limbique : notre détecteur de menace, notre gardien de l'appartenance, celui qui aboie avant qu'on ait décidé de réagir. La politique ne fonctionne pas seulement sur des idées, elle fonctionne sur des appartenances. Et quand l'appartenance est attaquée, le cerveau limbique prend la main avant même que le cortex préfrontal ait eu le temps de lire la première phrase.

Pour les enfants, j'explique ça avec l'image d'un poing fermé, pouce replié à l'intérieur. Le pouce, c'est le Chien. Les doigts qui le recouvrent, c'est le Hibou, notre cortex préfrontal, notre capacité à nuancer, à observer notre propre pensée. Quand on est en colère, le Chien aboie et le Hibou s'envole : le poing s'ouvre, les doigts s'écartent, et il ne reste plus que le pouce, seul aux commandes. On a besoin de temps, et de calme, pour que le Hibou revienne refermer le poing avant d'agir. Cette image est pensée pour les enfants. Elle me semble pourtant s'appliquer, avec une précision déconcertante, à vingt-quatre heures de débat politique sur Facebook.

Ce réflexe n'est pas de la mauvaise foi. Activer son Chien face à une menace perçue, c'est le chemin par défaut, celui qu'on emprunte sans prendre le temps de la réflexion. Mais ce n'est pas une fatalité non plus. La responsabilité n'est pas dans l'activation du Chien. Elle est dans ce qu'on choisit d'en faire ensuite.

J'avais envie de répondre à ces commentaires. L'envie d'apaiser, de chercher un espace commun. Je ne l'ai pas fait, non parce que le sujet ne le valait pas, mais parce que ces fils ne me semblaient tout simplement pas le bon espace. Je n'avais rien à prouver là. Engager une discussion avec un Chien en pleine activation de menace ne produit pas de dialogue, ça produit une escalade.


Le piège symétrique

Plus instructif encore, et plus inconfortable, a été de lire les commentaires qui reproduisaient exactement ce que l'article critiquait.

J'avais reproché à Plenel d'instruire un procès en intentionnalité. De prêter à Mélenchon des motivations cachées sans en apporter la preuve. Dans les commentaires qui défendaient mon article, je lisais : "Plenel est complice de Macron." "C'est un flic." "Il est jaloux."

La forme était identique. Le contenu, inversé. La mécanique, parfaitement symétrique.

Les travers qu'on dénonce chez l'autre, on les exhibe en le défendant. Pas par hypocrisie. Parce que l'activation émotionnelle est suffisamment forte pour rendre la contradiction invisible. Quand le Chien hurle, le Hibou s'envole.

Il y a quelque chose de plus profond là-dedans, qui me préoccupe au-delà du débat du jour. Quand notre identité se confond avec celle de notre groupe, les personnes qui ne partagent pas cette identité cessent d'être des interlocuteurs. Elles deviennent des étrangères, au mieux, des ennemies, au pire. C'est précisément le mécanisme qu'on reproche à l'extrême droite identitaire. Et qu'on reproduit, sans le voir, dès que notre Chien prend le dessus.

L'Éléphant était à l'œuvre aussi, plus silencieux. Dans mes livres, il représente l'hippocampe, notre mémoire profonde, celle qui stocke les blessures, les loyautés, les histoires qu'on se raconte sur qui on est et d'où on vient. Ces personnes ne défendaient pas seulement une idée abstraite. Elles défendaient des années de militantisme, une appartenance construite, parfois une identité entière. Quand c'est ça qui se sent menacé, la réaction n'est pas une opinion : c'est une mémoire qui se défend.

Et moi dans tout ça ? J'observais ces commentaires avec une gêne que je vais essayer de nommer honnêtement : me retrouver défendu par des arguments que j'aurais moi-même critiqués dans un autre contexte. Ce n'était pas confortable. Mais c'était là.


Le glissement en direct

Un commentaire m'a particulièrement arrêté. Celui d'A.

Il commençait bien : lecture proche de l'article, reconnaissance que Mélenchon parlait de l'oligarchie, que la polémique sur la prononciation était peut-être instrumentalisée. Puis, progressivement, quelque chose glissait. La cible devenait plus précise, plus incarnée. Le "ministre israélien impliqué" apparaissait. La frontière franchissait exactement là où Plenel disait qu'elle était franchie.

Ce que j'avais défendu, certains soutiens le faisaient franchir eux-mêmes, sous mes yeux, en temps réel.

Ce glissement n'est pas une manipulation consciente. C'est une dérive naturelle vers des cibles plus concrètes. La critique anticapitaliste est abstraite, pour le Hibou, cognitivement coûteuse à tenir. Le Singe, lui, notre striatum avec son système dopaminergique, cherche la récompense rapide : la satisfaction d'un bouc émissaire identifiable, le soulagement d'une colère qui trouve enfin un visage. Le Chien préfère les proies visibles aux systèmes invisibles.

Observer ça en direct a été l'un des moments les plus inconfortables de cette journée. Non par surprise. Mais parce que se retrouver incompris depuis l'intérieur de son propre camp produit une solitude particulière, celle d'être entouré de gens qui parlent en votre nom et disent autre chose que ce que vous avez dit.


1 min 14 s

Les analytics du blog sur vingt-quatre heures donnent une durée d'engagement moyenne de une minute et treize secondes. La durée de session, elle, est de deux minutes cinquante-six. La différence entre les deux est instructive : les visiteurs sont restés presque trois minutes sur la page, mais ils n'ont été réellement actifs qu'une minute et quelques. Ils étaient là. Ils ne lisaient pas forcément.

Un article de fond se lit en huit à dix minutes. Quand j'ai vu ces chiffres, j'ai cherché une explication qui me permette de ne pas en tirer la conclusion qui s'imposait. Peut-être que les gens reviennent plusieurs fois ? Peut-être que la durée est sous-estimée ?

Non.

La majorité des personnes qui avaient partagé ce texte n'avaient lu que l'accroche. Certaines, rien du tout. Le post circulait dans les groupes militants pendant que l'article, lui, attendait derrière son lien en commentaire.

Et moi, j'avais passé plusieurs heures à l'écrire. J'y avais mis de la précision, de la nuance, des distinctions que je jugeais importantes. J'avais veillé à ne pas faire à Plenel ce que je lui reprochais de faire à Mélenchon. Tout ce travail, cette attention au mot juste, ce souci de l'honnêteté intellectuelle, pour une minute et quatorze secondes de durée d'attention dans les premières heures.

Je ne dis pas ça avec amertume. Je le dis parce qu'il faut regarder ce que ça produit en moi : un vertige. Pas la certitude que ça ne sert à rien d'écrire. Plutôt la question de pour qui et comment on écrit dans un espace conçu pour le scroll, pas pour la lecture.

Sur Facebook, le Singe règne. La plateforme optimise l'engagement, c'est-à-dire l'activation émotionnelle : la récompense immédiate du like, la satisfaction du partage, le dopamine du débat. Et moi, ce samedi-là, j'avais aussi appuyé sur "publier" avec mon Singe. L'élan, l'indignation lue sur mon téléphone entre deux cafés. Je n'étais pas hors-sol. J'étais dedans, avec les mêmes mécanismes que ceux que j'observais chez les autres.

C'est là que le paradoxe se noue. Si ce texte a atteint près de treize mille personnes, c'est parce que l'indignation du marché y était encore. Un article 100% Hibou, posé, froid, parfaitement équilibré, n'aurait pas fait le dixième de ce chemin. La nuance était dans le contenu. L'activation était dans la forme. Les deux ensemble ont produit la portée.

Est-ce que ça résout quelque chose, de le nommer ? Peut-être pas complètement. Mais en écrivant cet article-ci, avec un Hibou qui essaie d'être à la fois lucide sur les mécanismes et empathique envers ceux qui les vivent, moi inclus, j'ai l'impression de chercher une réponse partielle à ce paradoxe. Pas de le dissoudre. D'y répondre autrement.


S., ou la nuance qui trouve preneur

Il y a eu un commentaire différent des autres. Celui de S.

S. n'était pas un adversaire. C'était quelqu'un qui avait soutenu le mouvement de longue date et qui s'inquiétait, avec des exemples précis, d'un schéma qui lui semblait se dessiner : une accumulation de séquences problématiques qui construisait non pas une critique isolée mais un argument systémique. C'est, soit dit en passant, exactement ce que Plenel fait lui aussi dans ses différents articles sur Mélenchon, accumuler les exemples pour montrer un motif. La différence est dans l'intention qu'on leur prête. S. ne cherchait pas à attaquer l'article. Il posait la question que l'article évitait de poser frontalement.

Un autre commentateur lui avait répondu par des insultes. S. avait dit simplement : "Ce ne sont pas des mensonges, chaque fait est avéré. C'est mon opinion et celle de beaucoup de soutiens historiques de LFI."

J'avais choisi de lui répondre. Pas pour le convaincre, pour lui dire que sa question était légitime, et pour reposer ce que je voulais défendre : non pas un homme, mais un programme et des idées.

Sa réponse m'a arrêté : "Merci. J'avoue je n'attendais pas de réponse, ni de vous ni de personne. Ça devient compliqué quand on passe son temps à défendre et non à expliquer."

Je lui avais répondu que c'était exactement l'épuisement que je ressentais aussi, que c'était précisément pour ça que j'avais écrit l'article : pas pour défendre, pour recadrer.

Sa dernière réponse : "J'espère que LFI a conscience de ce risque et va calmer ses propos à l'avenir pour ne plus prêter le flanc à des attaques."

Ce que je retiens de cet échange : la nuance trouve preneur, même dans un espace conçu pour l'émotion brute. Pas souvent. Pas facilement. Mais elle trouve preneur. Et ces lecteurs silencieux qui lisent sans commenter, qui ne réveillent pas notre Chien parce qu'ils ne font pas de bruit, existent aussi. On ne les voit pas dans les statistiques d'interaction. Ils sont là quand même.


Ce que j'ai appris sur moi

À partir d'un certain seuil, il est devenu impossible de suivre les commentaires. L'article vivait sa propre vie, capté, réinterprété, inséré dans des querelles qui n'avaient plus grand-chose à voir avec ce que j'avais voulu dire.

Mon sujet de fond, d'habitude, c'est la parentalité, l'enfance, les neurosciences affectives et sociales, le vivre-ensemble. Là, j'avais publié une tribune politique. Dans la journée qui a suivi, j'ai eu des pensées du genre : ces deux identités vont se marcher dessus, les lecteurs ne vont pas comprendre ce que je fais là. J'ai mis un moment à réaliser que c'était de l'overthinking. Dans les faits, les réactions ne montraient pas ça : certains retrouvaient précisément leur compte dans le croisement entre les deux. C'est souvent dans notre tête que les incompatibilités sont les plus dramatiques.

Tard ce soir-là, dans les notes que je prenais pour moi, j'écrivais : "j'ai l'impression de l'avoir fait avec mon Hibou indigné... mon Singe a poussé à agir."

Et j'ai douté. Avais-je pris suffisamment de recul ? L'indignation sur le marché, la décision de rester manger seul pour écrire, les doigts sur le clavier avant même que les arguments soient vraiment posés... Mon Chien avait signalé l'injustice, mon Singe avait donné l'élan. Le Hibou avait tenu la plume. Mais dans quel ordre, et avec quelle marge ?

Le matin suivant, je relisais ces notes et j'ajoutais : les trois étaient là. C'est peut-être pour ça que le texte avait fonctionné. Pas parce qu'il était parfait. Parce qu'il était vivant.

Il y avait aussi quelque chose que je mettais plus longtemps à formuler : la gêne face à certains commentaires violents venus de "mon camp". Je comprenais, là, pourquoi certains nous considèrent comme des extrémistes. Non pas parce que les idées le sont. Mais parce que l'énergie de certains défenseurs, la violence de certains commentaires, produit une image collective que le programme ne justifie pas.

"C'est pas eux les nazis, c'est nous." Mon fils, à cinq ans, disait que c'est pas lui qui a commencé, c'est l'autre. La même logique, le même Chien, des décennies de distance. Ma compassion pour ces gens blessés, qui réagissaient depuis une vieille peur stockée dans leur Éléphant, ne dissolvait pas ma déception. Ces deux choses peuvent coexister.

Et je me demandais si cette publication, quelque part, n'était pas aussi une tentative de sortir d'une solitude. Celle de quelqu'un qui pense des choses précises dans un espace qui n'est pas conçu pour la précision. Qui cherche des interlocuteurs dans un lieu fait pour les audiences. La viralité m'avait donné de la portée. Pas forcément des interlocuteurs. Ce n'est pas la même chose.


La vraie question, en dessous

Peut-on débattre politiquement sur les réseaux sans activer le Chien ?

Sur Facebook, je ne crois pas. Pas structurellement, pas dans un espace conçu pour maximiser l'engagement, c'est-à-dire l'activation émotionnelle. Le Singe y attire le regard, le Chien s'emballe dès que le sujet touche à une appartenance. Le Hibou survit par intermittences, dans des échanges singuliers, avec des S. qui n'attendaient pas de réponse.

Mais je commence à découvrir d'autres espaces. Sur Substack, quelque chose me semble structurellement différent, et ce n'est pas qu'une question de public. Le format impose le rythme : Facebook est conçu pour le flux continu, le scroll infini appelle la réaction rapide. Substack est construit autour de l'email et de l'article long. Le lecteur choisit de s'asseoir pour te lire. C'est une posture radicalement différente. Sur Facebook, l'algorithme décide qui voit quoi. Sur Substack, le texte arrive dans la boîte mail de gens qui ont activement cliqué "s'abonner". L'audience est plus petite, mais elle est intentionnelle. Et les commentaires, quand ils arrivent, ressemblent davantage à une correspondance qu'à une joute : ceux qui écrivent ont lu, réfléchi, choisi de répondre.

C'est peut-être là que le Hibou peut trouver un espace viable. Pas sur la place publique algorithmique, mais dans quelque chose qui ressemble davantage à un cercle de lecture.

Ce que j'ai observé en vingt-quatre heures, c'est un condensé de ce que j'essaie d'analyser à une autre échelle : le Chien tribal qui défend l'appartenance sans lire, la chambre d'écho qui amplifie sans filtrer, le glissement sémantique qui transforme la critique du système en désignation de bouc émissaire, la symétrie des travers, on combat avec les armes qu'on reproche à l'ennemi d'utiliser. Et l'Éléphant, toujours, en arrière-plan, nos mémoires militantes, nos loyautés héritées, les histoires qu'on se raconte sur qui on est dans ce combat, qui chargent chaque commentaire d'un poids qui dépasse de loin le sujet du jour.

Est-ce qu'on pourrait construire des espaces différents, des architectures qui favorisent le Hibou ? C'est une question qui m'occupe, et qui dépasse le cadre de ce texte. Ce que je crois, pour ma part, c'est que changer le monde commence par se changer soi-même. Pas comme un repli. Comme une condition. On ne peut pas appeler les autres à sortir de leur Chien depuis son propre Chien.

Ce que cette journée m'a appris, au fond, c'est que je suis exactement à l'endroit juste. Pas en dehors du monde, à analyser les cerveaux des autres depuis une tour d'ivoire. Dedans, avec les mêmes mécanismes, les mêmes contradictions, le même Chien qui aboie et le même Hibou qui essaie de tenir. Et que c'est précisément de là que je veux écrire.

J'entrevois mieux, maintenant, certains chapitres du travail qui vient. Comment soutenir ceux qui s'épuisent à défendre au lieu d'expliquer. Comment construire collectivement des espaces de délibération réelle, des formats où le Hibou peut parler sans être immédiatement avalé par le bruit. Comment la politique intérieure, le travail sur nos propres gardiens, devient une condition de la politique extérieure, et pas seulement une pratique personnelle déconnectée du monde.

Cette expérience n'était pas une parenthèse. C'était un laboratoire.

Et au milieu de tout ça, parfois, un S. Un J.-P. qui dit "je comprends mais ne partage pas". Une P. qui écrit "c'est la première analyse où je me retrouve pleinement."

Ce pour quoi on écrit. Ce pour quoi on continue.


Les espaces où le Hibou peut vraiment parler sont rares, et ils ne se créent pas spontanément. Ils se construisent, à chaque échange, à chaque choix de rester dans la nuance quand tout appelle à la joute. C'est peut-être ça, la vraie question politique : non pas ce qu'on dit, mais depuis quel état du système nerveux on construit les lieux où on se parle.


Ce texte prolonge La faute de trop, vraiment ?, qui en est le point de départ. La question politique qu'il soulève, celle de la loyauté à une personne plutôt qu'à un projet, est développée dans Loyal à qui ? Loyal à quoi ?. Et pour aller plus loin sur ce que les corps en résistance fabriquent, il y a Résistance.

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